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Stéphane
Pencreac'h

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Né à Paris en 1970, Stéphane Pencréac’h suit des études d’histoire à l’Université Paris VII avant de se consacrer à la peinture au début des années 1990. Ses premiers grands formats figuratifs se situent à la frontière de l’expressionnisme, du romantisme et d’une mythologie personnelle. De cette période, il garde un rapport singulier à la figuration, où se croisent des sujets variés : de l’artiste dans son atelier aux thèmes plus classiques hérités de la peinture d’histoire et de la mythologie.

Très tôt, Pencréac’h dépasse la simple surface de la toile pour y intégrer des volumes qui la traversent : tissus collés, fragments de meubles, morceaux de mannequins peints surgissant de la toile déchirée. Ces dispositifs créent des bas-reliefs entre combine painting et diorama. Son travail puise dans un large vocabulaire issu de l’histoire de l’art, de Courbet à Fontana, de Bellmer à Rauschenberg, dans un syncrétisme savant qui interroge sans relâche le rôle de l’artiste et de la peinture aujourd’hui.

Son œuvre a pour ambition de « faire monde ». Elle est traversée par une multiplicité de tensions picturales : parties quasi abstraites, travaillées par des lavis et expérimentations aqueuses, voisinent avec des zones d’une matière plus dense, presque brutale, où pinceau et couleur imitent la nature dans une réinvention contemporaine de l’expressionnisme. Les figures, elles, sont traitées de façons multiples : parfois noyées dans un flou presque photographique, parfois matérialisées par des morceaux de mannequins peints venant littéralement percer l’écran de la toile. Ce grand mélange engendre une impression de mutation permanente : un monde ni mort ni vivant, où création et destruction se répondent et où le regardeur est invité à entrer tout en étant maintenu à distance.

Dans ces compositions parfois macabres affleure une histoire de la peinture amoureuse du tragique, dont les figures tutélaires vont du Caravage à Courbet, puis de Lucian Freud à Rebeyrolle ou Bacon. Les thématiques, parfois bibliques, sont réactualisées. Les formats et les dispositifs reprennent les grands classiques tel le triptyque. Les toiles se parent de couleurs électriques et impures, de matières denses, de lumières crépusculaires. Les figures, éthérées, oscillent entre inquiétude et burlesque. L’actualité contemporaine s’y mêle à la vie intime du peintre.

En 2015, invité à l’Institut du monde arabe pour une exposition personnelle, Pencréac’h réalise un grand triptyque consacré aux attentats de Charlie Hebdo. Œuvre manifeste, elle ancre profondément l’artiste dans la tradition de la peinture d’histoire et fait de lui l’un des peintres incontournables de sa génération. Rare représentation artistique de cette tragédie, elle condense toute sa virtuosité et sa puissance expressive. À l’arrière-plan se déploie la grande manifestation « Je suis Charlie », avec en tête de cortège les figures politiques et culturelles de l’époque. Sur les côtés, les scènes de l’attaque et de la traque des terroristes composent une fresque mémorielle, nourrie d’images médiatiques qui ont marqué la mémoire collective. Alternant les traitements picturaux, l’œuvre présente au premier plan des gisants à demi nus, en position christique.

Cette peinture, à la fois mémorielle et symbolique, dépasse la simple agrégation d’images : elle échappe aux lectures simplistes, conserve son mystère là où le discours politique tend à réduire l’événement à un sens unique. Courageuse, virtuose, elle incarne cet équilibre rare où composition et traitements picturaux atteignent la puissance des grandes œuvres d’art.

Dans ses toiles les plus récentes, Pencréac’h poursuit son exploration des grands thèmes de la peinture : érotisme, guerres, attentats se mêlent à des figures mythologiques dans une narration cyclique, mystérieuse et universelle, faite de douceur et de violence, d’innocence et de lucidité cruelle. Une peinture pour l’Histoire, qui ne peut laisser indifférent.

Damien Levy

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